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29/08/2009

URBAIN, TROP URBAIN



Alors que j'attends patiemment que le métro m'expédie à l'endroit où je récupérerai à la fin du mois quelques billets pour manger, m'habiller, voyager et surtout habiter, un moustique essoufflé qui semble venir de nulle part a choisi de finir sa vie entre les lignes de mon roman. Et c'est aux côtés des animaux de la forêt amazonienne - urubu real (roi des vautours), iguane, boa tamanoir, loup rouge, jaguar noir dévorant un jeune singe – qu'il s'aventure pour célébrer les derniers instants de son existence. Je m'amuse de ce hasard cocasse mais m'attriste immédiatement du destin de ce moustique asservi par l'absurdité d'une plate existence citadine. Jette un coup d'œil furtif au dessus de ma tête, inquiète à l'idée qu'une pluie de diptères s'abatte soudainement sur moi. Le néon - qu'il a dû assimilé plus ou moins sciemment, dans la détresse d'un être en mal d'exotisme, à un large soleil – crépite. Je secoue mon livre, partagée entre le dégoût et l'humilité et me recueille hâtivement avant de m'engouffrer dans le large couloir qui me conduit à la prochaine station.

Photographie : Rinko Kawauchi

19/08/2009

ABBESSES



L’homme aux proportions démesurées qui descend deux à deux les marches du trop long escalier en colimaçon.
Veste beige mi-cuisse et large besace qui pendouille jusqu’aux genoux. Drôle d’oiseau ce bonhomme à la silhouette « d’homme qui marche ».
J’admire l’agilité et la maladresse qui se confondent progressivement dans ce corps aux prises avec l’apesanteur.
Évidemment j’essaye à mon tour de refaire ce passe-passe circulaire mais mes jambes sont trop courtes et depuis toujours bizarrement agencées : les pieds rentrées vers l’intérieur boudant impertinemment le monde extérieur.
Ils se regardent en chien de faïence renâclant devant l’obstacle, tels des chevaux boiteux non ferrés.
Mon corps fait pâle figure à côté de celui de l’intrépide urbain dégingandé.
Ma physionomie n’étant pas adaptée à ces jeux périlleux, ce qui devait arriver se produisit donc : ma jambe gauche empressée de retrouver sa rivale et compère droitière ou peut-être excitée à l’idée de la devancer, alla frapper lourdement le long de cette dernière.
Les épaules, habituées à ces étourderies de l’étage inférieur, tentèrent vainement de rétablir l’équilibre en repoussant le corps en arrière. Trop tard, le soldat frappé de plein fouet s’étale dans l’escalier.

Photographie : Rinko Kawauchi