29/08/2009

URBAIN, TROP URBAIN



Alors que j'attends patiemment que le métro m'expédie à l'endroit où je récupérerai à la fin du mois quelques billets pour manger, m'habiller, voyager et surtout habiter, un moustique essoufflé qui semble venir de nulle part a choisi de finir sa vie entre les lignes de mon roman. Et c'est aux côtés des animaux de la forêt amazonienne - urubu real (roi des vautours), iguane, boa tamanoir, loup rouge, jaguar noir dévorant un jeune singe – qu'il s'aventure pour célébrer les derniers instants de son existence. Je m'amuse de ce hasard cocasse mais m'attriste immédiatement du destin de ce moustique asservi par l'absurdité d'une plate existence citadine. Jette un coup d'œil furtif au dessus de ma tête, inquiète à l'idée qu'une pluie de diptères s'abatte soudainement sur moi. Le néon - qu'il a dû assimilé plus ou moins sciemment, dans la détresse d'un être en mal d'exotisme, à un large soleil – crépite. Je secoue mon livre, partagée entre le dégoût et l'humilité et me recueille hâtivement avant de m'engouffrer dans le large couloir qui me conduit à la prochaine station.

Photographie : Rinko Kawauchi

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