21/08/2009

TRICOLORE



À la lumière des émotions, lectures, prévisions, diverses rencontres culturelles, littéraires et/ou humaines, quelques notes et entrefilets grignotaient un petit carnet qui s’agitait deux minutes plus tôt, entre le déodorant, les clés, le portefeuille et autres encombrements divers et variés emplissant mon sac.
Grignotage scriptural chaotique traversé - telles les impulsions électriques d’un cœur retranscrites sur un électrocardiographe - par les chocs provoqués par les arrêts frénétiques du bus.
Cet imbécile de conducteur s’était comme amouraché de la pédale de frein et n’hésitait pas à la mettre à contribution en toutes occasions.
À l’horizon se dessine un feu d’un vert éclatant que j’observe impatiente et impuissante. L’abrutit ralentit progressivement par sécurité mais je vois dans son comportement l’expression de sa mauvaise volonté. Il punit mon empressement et se condamne dans le même temps, tel un enfant blessé dans son estime qui préfère prouver à tort qu’il a raison pour la gloire et l’admiration de ses camarades de classe.
Je peste en silence puis rumine, là, seule, à la merci de ma frustration.
Plus rien ne peut alors arrêter ma pensée, ni les cheminées métalliques et les sablières que je vois défiler par la fenêtre, ni l’odeur pestilentielle de mes coéquipiers de transport, pas même la grosse poupée gigogne où se court-circuitent les innombrables fictions d’Alain Fleischer.
Les bruits du cerveau qui fulmine, les horreurs de passagers, le Jocrisse au volant et nous voilà arrêtés pile devant le tricolore.

Photographie :  Jean-Christian Bourcart

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