19/08/2009

ABBESSES



L’homme aux proportions démesurées qui descend deux à deux les marches du trop long escalier en colimaçon.
Veste beige mi-cuisse et large besace qui pendouille jusqu’aux genoux. Drôle d’oiseau ce bonhomme à la silhouette « d’homme qui marche ».
J’admire l’agilité et la maladresse qui se confondent progressivement dans ce corps aux prises avec l’apesanteur.
Évidemment j’essaye à mon tour de refaire ce passe-passe circulaire mais mes jambes sont trop courtes et depuis toujours bizarrement agencées : les pieds rentrées vers l’intérieur boudant impertinemment le monde extérieur.
Ils se regardent en chien de faïence renâclant devant l’obstacle, tels des chevaux boiteux non ferrés.
Mon corps fait pâle figure à côté de celui de l’intrépide urbain dégingandé.
Ma physionomie n’étant pas adaptée à ces jeux périlleux, ce qui devait arriver se produisit donc : ma jambe gauche empressée de retrouver sa rivale et compère droitière ou peut-être excitée à l’idée de la devancer, alla frapper lourdement le long de cette dernière.
Les épaules, habituées à ces étourderies de l’étage inférieur, tentèrent vainement de rétablir l’équilibre en repoussant le corps en arrière. Trop tard, le soldat frappé de plein fouet s’étale dans l’escalier.

Photographie : Rinko Kawauchi

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