06/09/2013

TEXTE DE CÉCILE PORTIER - CE QUI SEULEMENT NOUS TOUCHE - VASES COMMUNICANTS - SEPTEMBRE 2013




Ce matin l’air est léger, légèrement acidulé, parcouru d’un frisson prémonitoire d’automne. Mais c’est seulement pour le souvenir qu’on a des automnes déjà passés qu’on le sent, qu’on le sait. Car ce matin-là est surtout léger, presque oublieux, très lumineux. On évolue dans ce matin-là en s’y sentant très libre, comme si l’air ne pesait rien. Il pèse moins certes, mais il pèse. Sur nous toujours, s’étale et rampe le gigantesque ventre d’un gastéropode qui n’en finit pas de passer. L’avancement de ses muqueuses ventouses décide de nos anticyclones, de nos dépressions.

Surgit le besoin de dessiner, dans ces gigantesques masses, quelque chose pour s'y retrouver, comprendre ce qui sur nous agit et ne se voit pas. Le besoin de strier le ventre en constrictions précises. On se sent moins balloté, à voir ainsi apparaître notre destin en cercles concentriques.

Et encore cette idée de ventre ce n’est pas tout dire. C’est oublier que l’air ne fait pas que nous passer dessus, qu’il nous baigne, qu’il s’insinue en nous pour nous faire vivre et nous corroder. Insidieusement il se joue de notre peau comme barrière. Lui-même en si peu de temps se mélange avec d’autres gaz incolores, inodores. Et nous en sommes, devant ceux qui en meurent, à rechercher méticuleusement des preuves. Le dessin à traits fins, peut-être, d’un chemin d’expansion, depuis lequel remonter à des auteurs certains?

Ah, nous serions rassurés, si l’air avait réellement des bords... Et avec lui toute chose en ce monde.

Qu’à cela ne tienne : s’il n’y a pas de bords ajoutons-en.

À toute force nous voulons rendre visible ce qui seulement nous touche. Parce que nous sommes seulement touchés nous le sommes beaucoup trop, alors, vite vite vite, recours aux yeux, recours aux traits, nous dépêchons de faire émerger du réel tout son appareil d’os et de nerfs, de trame cachée, nous nous dépêchons d’apposer des grilles de lecture.

Dans le ciel intérieur aussi, un seul et même ventre mouvant ressassant aller et retour et soufflant les mêmes questions, contre lesquelles tirer des bords, et à les remonter comme ça de biais, on se dessine comme des constellations, des choses qu’on se dit qu’on a écrites, alors qu’en fait ce n’est pas cela qu’on cherchait, seulement à lire, lire pour faire apparaître enfin ce qui seulement nous touche.

(et ceci glané sur wikipédia, que la pression est une grandeur intensive, et la densité une grandeur sans dimension - je laisse les mots me toucher sans les lire tout à fait)

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Ce sont les vases communicants qui m'amènent à Cécile Portier. Un échange réalisé en juin dernier avec Philippe Aigrain qui m'a particulièrement plu, simplement, ainsi. Son texte à relire ici.
Il faut suivre l'évolution du projet de Cécile Portier Etant donnée ou encore Traverser la ville sous mes pas et prendre Petite Racine sur son blog, là où cela est fait pour écrire. 

Ce sont les idée du trait, de la nervure et de l'état gazeux, proposées par Cécile qui sous-tendent notre échange.

Mon texte chez elle ici : http://petiteracine.net/wordpress/2013/09/anne-charlotte-cheron-2/?utm_source=feedly


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Vendredi 6 septembre, premier vendredi du mois : il s’agit d’échanger, d’accueillir et d’être hébergé en retour, de laisser un instant le refuge scriptural communiquer avec un autre espace.

Un projet où s’entrecroisent les mots, à l’initiative du Tiers Livre (François Bon) et de Scriptopolis (Jérôme Denis) qui reprend le titre programme d’André Breton, Vases communicants.
L’idée est simple et définie là : « le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. »

La liste complète de l'ensemble des participants, conscieusement dressée par Brigitte Célérier, est à retrouver et parcourir ici : http://rendezvousdesvases.blogspot.de/2013/08/liste-des-vases-communicants-en.html


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