05/01/2013

DE LA MER AU GRAND ROMAN : VASES COMMUNICANTS (REPRISE)


Hésite entre ciel, terre et mer. Le point de bascule, quand.
"Au début, on ne peut qu'essayer de nommer les choses, une à une, platement, les énumérer, les dénombrer, de la manière la plus banale possible, de la manière la plus précise possible, en essayant de ne rien oublier."

De la mer, je connais les marées, courants, caprices, tempêtes, seiches, sautes, mouvements et revirements d’humeur, le fond, clapotis, la colonne, salinité, surface, houle, l’ondulation.
De la Morte : rien.
Quelques détroits, bras.
Me suis largement enfilée la Manche (mauvais jeu de mot : faible, sans effort)
On ne m’y a pas donné goût. Boude la mer. Faire le choix des montagnes.
Elle ne paraît pas s’amouracher de “ses gens”, ni de ses hommes, concurrence les lopins de terre et prend de l’assurance sur les continents. Devrait-on s’inquièter de ses imprudences ?



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De l’horizon, je ne sais rien : bouché.
On me parle de voyages que je ne fais pas. Déception d’usage : on peut être sans frontières - à regret - à domicile.
Futur déjà craquelé : vieille coque échouée victime d’osmose.
Trop grande étanchéité entre le quotidien et l’écriture. Où se trouve le temps des mots ? Où trouvent-ils le temps des mots ?
Mettre en ordre des notes. Classer les brouillons sans émettre de jugement, se contenter de les ranger. Ne pas relire. Ne pas se regarder. Dehors, ça crie, ça pleure. Le soleil tape sur le bras.
Déjà jeudi. Trop vite.
Faire le deuil de la longueur. La Poésie du peu doit défier et mater la prolixité.
Il faut être décroissant dans le choix des mots et rendre la langue précieuse.
Barbara Loden déclarait "qu’il est facile d’être d’avant-garde mais qu’il est vraiment difficile de bien raconter une histoire simple." **
Fuir la tentation de la forme creuse, le jeu fainéant de l’art pour l’art. Au secours l’Oulipo : il y a trop de travail pour arriver là. Aveu d’échec.



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Ne sais que dire de ce coquillage écrasé, coincé entre ciel et mer. Tel fût, pourrait-on dire, le projet de notre échange.
Il y a, à côté : des dilemmes trop prosaïques. Immobilisée comme cette vielle coque rouillée.
Trouver du temps au temps pour travailler, gagner sa vie, se changer les idées, travailler pour soi, se reposer, gérer ses affaires personnelles, oublier le quotidien, les idées, le travail, se reposer.
Des discussions en pagaille. Des paroles par milliers. Pas d’énergie pour trier. Tout contenir à défaut de mieux.
Souvent : chacun parle, personne n’écoute. Le quotidien et le bout des conversations
s’entendent mal.



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Refus ou incapacité du “faire lyrique”. Pas de poésie maritime, marine.
Ici, c’est court, simple. Que faire de la longueur ?
"Je sens de plus en plus que seul un grand roman réussit à exprimer les multiples dimensions de l'expérience humaine, les vies subjectives intérieures, les comportements dans une société, une histoire, un monde, tout en posant, soit par la bouches des personnages, soit sous la plume de l'auteur, soit même implicitement, les problèmes de la destinée humaine."***
Parce que seul un grand roman pourrait et devrait changer les choses.



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* Georges Perec et Robert Bober, Récits d’Ellis Island : histoires d’errance et d’espoir
** Nathalie Léger, Supplément à la vie de Barbara Loden 
*** Egdar Morin, Mes démons

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Texte initialement publié sur le blog de François Bonneau L'irrégulier dans le cadre des Vases Communicants.

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