06/03/2009

FICTIONS BLONDES DÉLAVÉES



Salon. Le soleil qui pénètre entre les baies vitrées. Chaud. Calme. Seule. Je m’installais là, près du ficus. J’y plaçais ma collection de blondes plastifiées. Cindy et Barbie déambulaient toute joyeuse entre les copeaux de bois et le terreau afin d’explorer cette forêt de fortune. Nous parlions de nos amoureux, nos récents prix de beauté, nos futurs achats vestimentaires. J’avais une ligne parfaite, de longs cheveux blonds, un mari aimant et un carrosse mené par deux petits poneys. Je l’échangeais parfois contre une voiture rose du meilleur goût. Tout était si simple entre les feuilles, les pieds plantés dans la terre.
« Tu n’as rien de mieux à faire ? Sors, voyons ! Vas t’aérer ! Il fait un temps magnifique. » Lorsqu’il pleuvait les trois premières phrases étaient simplement assaisonnées de la suivante : « Enfile des bottes et un K-Way. Tu ne vas pas rester planter là à cause d’une averse. »
Les conditions météorologiques n’avaient que peu d’importance. Les enfants sont toujours trop encombrants. Il faut les éparpiller çà-et-là. L’autorité est le remède prescrit pour apaiser les afflictions de l’oreille gâtée par le bruit émis par le rejeton. « Regarde-toi. Tu es fière ? C’est ça ? Tu fais comme ta pauvre mère. Tu te mets à parler toute seule. »
Emettre ces considérations, c’était m’indiquer le chemin à prendre pour ne pas ressembler à sa femme mais c’était aussi faire de moi sa petite épouse de substitution. Pourtant je ne suis pas ta "sweetie wife", corvéable, rompue et abîmée par le temps et le chagrin ; celle à qui tu as gravé à jamais sur le visage un air de componction, je suis la meilleure copine de Barbie. Avec elle, les Ken à deux balles comme toi, nous nous amusons à vous ensevelir sous la terre. Nous collons ensuite notre oreille sur les copeaux, attentives aux quelques pleurnicheries que les imbéciles dans ton genre finissent toujours par prononcer en guise de supplication. Alors nous chaussons bien haut nos talons et sautons sur la terre pour tasser le tout. Il arrive que nous percevions un léger cri étouffé, comme un jappement de chien triste dont la queue vient d’être aplatie par le godillot de sa douce maîtresse qui n’en a d’ailleurs que faire.
Ne pas parler, ne pas s’échapper fictivement, rester plaqué à la réalité, se taire, laisser le verni de l’éducation sécher, mettre de côtés les Barbie.



Photographie : Olivier Rebufa, Panoplie, 1994, Tirage baryté noir et blanc viré au sélénium pour conservation, 60 x 80 cm

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