01/03/2009

LA DÉFENSE - NUIT



La douleur était si vive que je souhaitais l’éradiquer à coups d’ingurgitation massive de Dafalgan. J’avale bien ces saloperies pour traiter mon hypocondrie. Les résultats sont assez efficaces, alors pourquoi ne pas essayer de panser les plaies du cœur en faisant rouler les gélules le long de ma gorge. J’ai fouillé au fond, dans les coins, recoins, poches et pièces secrètes de mon sac pour finalement arriver au terme de cette recherche frénétique et établir le constat suivant : plus que trois comprimés. Pour apaiser mes pleurs, calmer la crise d’angoisse, étouffer les sanglots et reprendre une respiration convenable il m’eut fallu disposer de l’intégralité de deux ou trois paquets. Je savais d’emblé que mon projet allait être contrarié par l’absence de possession sous mon aisselle d’une telle quantité de ces psychotropes falsifiés. En dépit d’une armée, j’aurais néanmoins pu m’accommoder d’un bataillon médicamenteux, au lieu de cela je devais me satisfaire de trois soldats chétifs et peureux. Je leur ai effrontément tourné le dos. Cette guerre contre les sentiments ne méritait pas d’être menée avec de si faibles ressources. J’ai préféré abdiquer net, là, dans cette gare dégueulasse et délaissée, à peine fréquentée par quelques trains et ce au rythme d’un toutes les heures. Ces enfoirés de la SNCF n’ont sûrement jamais pensé aux conséquences de ce trafique si restreint. Outre l’impatience et la colère en découlant, je m’exposais en ce lieu à de violentes prises de bec avec mon esprit qui, se lamentant du temps perdu, se permettait pour le rentabiliser de faire le point, avec une sévérité janséniste, sur mon existence et ses désordres.
C’était une énième séparation. Elle se jouait de moi en m’insufflant le sentiment qu’elle était singulière, tragique et cette fois-ci insurmontable. Je m’appliquais pourtant à chaque reprise à soigner et camoufler les contusions puis j’oubliais, rencontrais un autre homme. Le tourbillon passionnel au sein duquel je me laissais emporter par faiblesse et égarement écartait les maux passés, ceux qui m’étaient pourtant apparue si résistants et imperméables au bonheur.

Photographie : personnelle

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