31/10/2013

TEXTE DE GILLES PIAZO - VASES COMMUNICANTS - NOVEMBRE 2013

Tu as voulu penser.
Te mettre à l’abri de la croyance. Refusant de vivre dans cet asile de l’ignorance ; de te contenter des ombres sur le mur de la Caverne ; de vivre les yeux fermés sans tâcher jamais de les ouvrir ; et que sais-je encore. A chaque école son adage, sa litanie.
Ta vie durant tu as fourni l’effort. Eté dans une quête quotidienne, minutieuse, parfois laborieuse et obsessionnelle, de l’énergie nécessaire à l’explication rationnelle de ce satané réel comme un gigantesque mur pourtant continuellement dressé devant toi. Avec tous ces pans obscurs que tu ne voulais pas vraiment voir - tu t’en rends compte aujourd’hui ; reconnaître pour ce qu’ils étaient.
Jamais tu n’as abdiqué ; baissé la garde; accepté d’en subir simplement les conséquences. De plein fouet et sans le secours de ce que tu pensais être la Pensée.
Tu en as fait un devoir. Un impératif catégorique.
Tu as pensé penser.
Même si maintenant tu hésites, finalement. Tu ne sais.
Car peut-être l’as-tu seulement cru finalement : avoir pensé.
Peut-être, à l’aube du dernier jour et alors que la faucheuse se met doucement à ricaner, te rends-tu réellement compte de la dose de croyance qui se logeait en creux dans chacun de tes raisonnements ; des prémisses imaginaires qui y présidaient ; de tous ces choix arbitraires que tu as fait dans le dos des concepts, des idées.
Peut-être, à l’aube du dernier jour seulement, comprends-tu alors que penser, ce n’est peut-être pas renoncer aux croyances tous comptes faits, mais être capable de les organiser ; les cimenter toutes ensembles ; les enserrer de fils logiques comme pour faire des paupiettes.
Que penser, c’est rendre ses croyances compactes ; explicites ; dicibles ; simplement acceptables pour les autres et pour toi-même.

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Gilles Piazo vient de passer l'été avec Spinoza, à peine est-il rentré de cette aventure philosophique que je lui propose de nous attaquer, tout au moins comme piste de réflexion, à une citation de Gaston Bachelard "Le réel n'est jamais "ce qu'on pourrait croire" mais il est toujours ce qu'on aurait dû penser", croisée à l'occasion de la lecture de l'ouvrage de Stéphane Vial L'être et l'écran - Comment le numérique change la perception. 
Epaisse proposition avec laquelle j'ai craint de ne l'avoir définitivement assommé, or Gilles n'a pas battu en retraite et s'est au contraire emparé du sujet que je me suis contentée d'aborder de façon plus transversale de mon côté.

On peut retrouver et lire Gilles Piazo sur son blog commeunratfaitsonterrier ou encore chez numeriklire.net



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Quant aux vases communicants... 

Vendredi 1er novembre, premier vendredi du mois : il s’agit d’échanger, d’accueillir et d’être hébergé en retour, de laisser un instant le refuge scriptural communiquer avec un autre espace.
Un projet où s’entrecroisent les mots, à l’initiative du Tiers Livre (François Bon) et de Scriptopolis (Jérôme Denis) qui reprend le titre programme d’André Breton, Vases communicants.
L’idée est simple et définie là : « le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. »

La liste complète de l'ensemble des participants, dressée par Brigitte Célérier, est à retrouver et parcourir ici












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